Alexander Gufler à propos de All’essenza : « Il ne s’agit pas d’ajouter davantage. Il s’agit de savoir ce qu’il faut enlever. »
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Publié
20 Apr, 2026 -
Texte depuis
Karolína Černochová -
1009 mots
5 minutes
Vous collaborez avec Ton depuis de nombreuses années, à la fois comme designer et dans un rôle créatif plus large. Comment cette relation de long terme a-t-elle influencé votre approche du design aujourd’hui ?
En réalité, elle change tout. Avec le temps, la relation devient moins formelle et beaucoup plus intuitive. On cesse d’expliquer chaque étape, car beaucoup de choses sont simplement comprises. Ton n’est plus seulement un client pour moi. Il s´agit davantage d´un partenaire de longue date, voire d´une famille. Cela implique une certaine responsabilité, mais aussi une grande liberté. Comme je connais le fonctionnement de l’entreprise, sa production, ses limites et le type de produits qui appartiennent réellement à son univers, je peux concevoir de manière beaucoup plus précise. Pas de façon abstraite, mais très concrète.
Vos premiers projets étaient bien plus complexes. Aujourd’hui, vos créations semblent pourtant beaucoup plus simples. Qu’est-ce qui a conduit à ce changement ?
Ma première chaise était en réalité très compliquée, avec beaucoup de bois massif et de travail CNC. Je l’apprécie toujours, mais j’ai vite compris qu’elle serait difficile à produire. Cette expérience m’a poussé dans la direction opposée. J’ai commencé à me demander : « Que se passerait-il si je retirais des éléments au lieu d’en ajouter ? » Ce fut un tournant. Depuis, la réduction m’intéresse. Mais la réduction ne consiste pas à vider les choses de leur substance ; elle consiste à prendre les bonnes décisions. Il s’agit de ne conserver que ce qui compte vraiment.
L’idée de réduction semble très présente dans All’essenza. Comment décririez-vous cette chaise dans le cadre de votre travail pour Ton ?
Pour moi, All’essenza est une sorte de point de connexion. D’un côté, il y a Merano, très géométrique et précis. De l’autre, La Zitta, plus douce, plus fluide et plus détendue. All’essenza se situe quelque part entre les deux. Elle réunit ces deux styles avec calme. Elle ne cherche pas à dominer ; elle s’intègre naturellement dans la collection.
Le nom évoque l’« essence ». Mais que signifie-t-il ici ?
Il s’agit de revenir à l’essence même de ce qu’est une chaise. La structure est simple : quatre pieds, une assise et un dossier. Pourtant, dans cette simplicité, chaque détail devient important. Il n’y a nulle part où se cacher. Les proportions, les transitions, les petites lignes — tout doit être juste. C’est cela que signifie pour moi l’« essence » ici.
Vous insistez souvent sur les proportions. Pourquoi sont-elles si essentielles pour un design comme celui-ci ?
Parce qu’il n’y a rien d’autre pour détourner l’attention. Si l’on conçoit quelque chose de très expressif, les gens se concentrent sur le geste. Mais lorsque l’objet est réduit à l’essentiel, il ne reste que l’équilibre. Et cet équilibre est défini par les proportions. Même une différence d’un ou deux millimètres peut changer la perception de la chaise. Les gens ne sauront peut-être pas l’expliquer- mais ils le ressentiront toujours.
Comment savez-vous personnellement quand quelque chose est juste ?
C’est une intuition entraînée. On traverse de nombreuses versions en ajustant progressivement. Parfois, l’étape la plus importante consiste à s’arrêter et à laisser le projet de côté quelques jours, avant d’y revenir avec un regard neuf. Si quelque chose ne va pas, on le voit immédiatement. Si c’est juste, on le ressent immédiatement aussi. C’est une réaction très physique.
Le dossier est l’un des éléments clés de All’essenza. Comment avez-vous abordé son développement ?
Cela a nécessité des tests constants. Nous avons travaillé avec des personnes de morphologies différentes afin de trouver une forme confortable pour tous. En même temps, nous devions respecter les limites du matériau. La forme finale est donc toujours un compromis. Entre le confort, le comportement du matériau et la logique de production.
Où imaginez-vous All’essenza être utilisée ?
Dès le départ, il était évident qu’elle fonctionnerait très bien dans le secteur de l’hospitalité. La force de Ton réside dans les restaurants, cafés et hôtels. Cependant, la chaise est aussi suffisamment polyvalente pour être utilisée dans des bureaux ou des résidences privées. Cette polyvalence était essentielle. Elle ne devait pas être limitée à un seul environnement spécifique.
Le rembourrage ajoute une subtile couche de détail. Quelle était la logique derrière cette décision ?
Au départ, c’était une nécessité technique. Avec une coque tridimensionnelle, il n’est pas possible d’appliquer simplement une seule pièce de tissu plate, car cela créerait des poches d’air. Nous avons donc dû travailler avec des coutures et de plus petits segments. Puis nous avons compris que cette contrainte pouvait aussi devenir une opportunité. Comme la chaise est très minimaliste, ce détail lui apporte une certaine richesse sans jamais dominer.
Si vous deviez décrire la chaise en trois mots, lesquels choisiriez-vous ?
Simple. Équilibrée. Essentielle.
All´ essenza: Sit light. Stack tight.

« Lorsque la forme trouve ses justes proportions et que le design se réduit à l’essentiel, il ne reste que l’essence même. All’essenza est une chaise qui recherche l’équilibre entre simplicité, confort et élégance intemporelle. »